« D’abord ne pas nuire«
C’est l’occasion de se rappeler que, même si on vous les présente de façon ludique et légère, les leviers vers Un Monde Vivifiant sont une réponse concrète et constructive à la question
« comment préserver l’habitabilité de la terre pour les humains, à court, moyen et long terme, dans des conditions décentes et honorables ? »
C’est aussi un des engagements que prennent les médecins en prêtant le serment d’Hippocrate. Cela fait sens en tant que partenaires du Festival Prendre Soin Liège.
Aux Fougères, on vous invite à expérimenter des ingrédients d’Un Monde Vivifiant, souvent dans le corps, mettre des mots, écouter les autres. C’est joyeux, simple, ludique, décalé… et ça change notre regard sur le monde !
On aime aussi voir et montrer les liens, les systèmes. Voici nos principaux coups de cœurs de ces dernières semaines : de nouveaux leviers vers Un Monde Vivifiant qui émergent. Ces coups de cœur sont le résultat d’une veille sur les changements culturels qui met en lumière les signaux faibles. Suivez nous sur LinkedIn pour ne rater aucune publication !
– Le livre Vampirocène1 amène un éclairage inédit sur les causes de notre civilisation mortifère. Nos blessures nous conduisent à une dissociation entre « tout va bien, je gère » et une cocotte-minute de traumas prête à nous sauter à la figure. Nous savons tellement peu comment prendre soin de cette dernière que tout ce qui nous la rappelle nous fait peur. Pour donner du sens à ce que nous vivons, nous avons inventé des récits qui légitiment les dominations-oppressions et les reproduisons en cascades sur d’autres que nous. On en arrive à une systématisation de la violence, notamment envers les enfants dont la pulsion de vie est insupportable. Ce sont ceux qui sont les plus dissociés, les plus coupés de leurs émotions qui, par leurs récits séduisants, arrivent au pouvoir par les urnes. Le refus de notre condition mortelle et naturelle (appartenant à la « nature »), fait partie de l’équation.
C’est donc en regardant et soignant, chacun et chacune d’entre nous, nos propres traumatismes que nous pouvons contribuer à transformer la société en profondeur.
L’auteur s’exprime en « nous » avec une humilité alignée avec son discours.
Quelques éléments clés :
Les enfants humains sont dépendants des adultes autour d’eux pour survivre. Être aimé.es est donc nécessaire à leur survie. Malgré leur bonne volonté, il arrive toujours bien un moment où les attentions des parents ne sont pas suffisantes. Cela crée des blessures d’attachement. Certaines, plus profondes ou plus récurrentes, se transforment en traumatismes.
Lorsqu’un animal est confronté à une menace, son cerveau produit de l’adrénaline pour qu’il puisse combattre ou fuir. Si ce n’est pas possible, une autre hormone le fige. Or le prédateur ne mange que les proies qu’il a tué lui-même. Il se détourne. L’animal indemne va alors se secouer pour éliminer ces hormones et leurs conséquences.
L’humain a oublié l’étape de se secouer ! Il recommence à fonctionner en mode « tout va bien », avec une cocotte-minute prête à exploser dans sa poche. Et il va tout faire pour maintenir cette façade, assaisonnée des injonctions sociétales « sois fort.e, sois parfait.e ».
La révolution industrielle a vu les grands patrons exploiter les ouvriers. Cela a été rendu possible en leur offrant le droit de dominer à leur tour femmes, enfants, étrangers, handicapés, personnes atypiques, etc. La spirales des dominations systémiques entrecroisées légitime en réalité des rapports d’oppression économiques.
Syndrome de Stockholm2 sociétal. Un autre de nos besoins fondamentaux est celui de donner du sens à ce que l’on vit. C’est ainsi que de nombreuses victimes de mauvais traitements vont s’inventer un récit qui donne raison à leurs abuseurs, afin de protéger leur santé mentale, sinon la situation est totalement invivable. Au niveau sociétal, aujourd’hui, de nombreuses fictions mettent en scène des ultra-riches, nous les rendant très sympathiques, alors qu’ils sont responsables de la destruction des conditions d’habitabilité humaine de la terre.
Vampirocène, livre d’’Ansgar Rougemont-Bücking, psychiatre allemand qui vit en Suisse. 476 pages, traduit en français aux éditions Guy Trédaniel en mai 2026. Ce résumé est forcément approximatif et incomplet.
→ Les thématiques de Vampirocène sont en lien avec 7 des 8 grandes familles de leviers (j’ai du pouvoir – interconnexion du vivant – émotions – dominations – besoins personnels/globaux – sentiment de sécurité intérieure – gouvernance)
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Le vivant comme infrastructure, par Nicolas Camps
Samedi, j’ai vécu une expérience intellectuelle inédite, un vrai choc ontologique (= de ma manière de concevoir le monde). J’ai découvert les écrits de Nicolas Camps, expert en biophysique du vivant constitué. Cela m’a tellement saisie que je ne savais plus comment je m’appelais. D’ailleurs, je ne m’appelais plus. Je ressentais les vibrations des plantes de mon jardin, celles des objets de ma maison, comme au cœur d’une vaste symphonie dans laquelle, moi aussi, je jouais ma partition, interconnectés. Une expérience inouïe.
Pour résumer ce que j’ai compris de ses textes : les différents éléments d’un système ont en commun une cohérence de vibration. Avec le temps, le système s’accorde et vibre en harmonie. Par ses différentes prédations et pollutions, notre civilisation a rompu les résonances de l’écosystème terre. Le dérèglement climatique est une des conséquences de ce désaccordage.
Par ailleurs, ce ne sont pas les arbres en ville qui amènent de la fraîcheur, mais l’ensemble de la vie qui l’accompagne : sol vivant, avec des micro-organismes et , réserve d’eau, connexion au sous-sol, non compacté, végétation basse tout autour, vers de terre et autres petites bêtes. Seul, « l’arbre n’est qu’un objet vertical posé sur un sol inerte. Il ne dissipe pas. Il accumule. Il réchauffe. » Nicolas Camps, https://www.linkedin.com/in/nicolas-camps-a1470020a/
Il y a un mois, un buisson d’estragon m’avait montré exactement cela un matin vers 11h, alors qu’il faisait déjà bien chaud. Éparpillé en vrac (tiges trop lourdes pour pousser droit), il a dégouliné de rosée quand je l’ai redressé pour l’attacher pour planter une courgette à ses pieds.
A la lecture d’un article de cet auteur, je suis vite allée le remettre en vrac !
Les plantes savent. A nous de réapprendre humblement à les écouter 🙂
Depuis lors, je m’amuse à tenir compte des différentes strates de plantes existantes pour intégrer mes semis et plantations potagères. Et aussi à déplacer les parasols en cours de journée pour leur éviter des insolations. Déplacer les escargots pour qu’ils changent de menu. (L’avantage de travailler à la maison !)
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D’abord ne pas nuire
D’abord ne pas nuire, c’est envisager chacun de nos actes à l’aune de ses nuisances sur le reste du système. Il est plus facile de suivre le flux, de laisser tranquille ce qui fonctionne déjà, de faire confiance aux écosystèmes.
Avant, bien avant de planter des arbres, commençons par arrêter de couper l’existant.
Les écosystèmes savent beaucoup mieux que nous ce dont ils ont besoin. Les plantes poussent pour éviter de laisser la terre à nu. Certaines graines poussent exactement là où les conditions sont remplies.
D’abord ne pas nuire, c’est arrêter de tondre, couper, blesser, polluer, détruire l’eau, les sols, l’air, les végétaux, les animaux, les fragiles équilibres microscopiques, sans réfléchir plus loin que le bout de nos nez.
Et à la fois, moi aussi, je trouve plus joli une plante bien dégagée au milieu de la terre plutôt que « perdue » dans parmi les herbes folles. -> changer nos représentations n’est pas simple.
Comment apprendre à mettre de côté notre besoin de contrôle ? A observer, soutenir, s’entraîner à la complexité, à la vision globale ? S’émerveiller devant la puissance de la vie ?
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Les petits de l’espèce humaine
Les enfants sont les champions de l’émerveillement, de l’enthousiasme, de l’observation, des questions (pourquoi, pourquoi, pourquoi?), de l’instant présent. Comment les accompagner dans leurs apprentissages, dans leurs découvertes du monde, tout en les laissant nous réapprendre ces côtés si précieux ?
Toutes les espèces vivantes ont 3 priorités : se nourrir, se protéger et se reproduire. Un arbre qui sent qu’il est en danger va porter beaucoup de fruits. Le saumon remonte la rivière pour aller se reproduire et meurt épuisé. Le poulpe met toute son énergie à protéger ses œufs et s’éteint au moment de leur éclosion. Le papa manchot empereur jeûne pendant 115 jours pour couver son œuf sous des températures allant jusqu’à -60°C et perd jusqu’à 40 % de son poids.
Et nous, espèce humaine ? Comment offrons-nous aux jeunes générations ce dont elles ont besoin pour s’épanouir ? Comment notre société vieillissante organise-t-elle la répartition des moyens ? D’abord ne pas nuire…
Entre le vote du décret-programme sur l’enseignement qui ne respecte pas la constitution (la date a été avancée d’une semaine sans respecter les procédures légales), les violences policières envers les adolescents qui expriment calmement leur soutien à leurs professeurs, l’actualité nous montre à quel point les humains qui nous dirigent veulent vraiment se démarquer du reste du vivant !
Parmi toutes nos idées folles, un mini-spectacle est en préparation autour d’un texte « épouvantail » de Wendy Delorme. A suivre.
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L’heure des stratégies
« Imaginer lucidement, honnêtement & avec courage, une France à +4°C, revient à discuter dès maintenant collectivement, démocratiquement & dans la transparence, ce que l’on décide de garder & protéger, et ce que l’on décide de sacrifier & abandonner. Tout autre discours est hors-sol, n’est que du bavardage irresponsable car il acte les souffrances de demain, un demain très proche. «
Christophe Cassou, post LinkedIn du 16/06/2026 – https://www.linkedin.com/feed/update/urn:li:share:7472695872875831298/
Voici venu le temps de l’incertitude. Les modèles météo ne sont plus fiables. Les effets de la chaleur sur la faune, la flore, nos corps, nos bâtiments, nos infrastructures, nos émotions, nos relations, … se découvrent les uns après les autres. Comment prendre soin des plus fragiles ? Comment protéger ? Qui, quoi en priorité ? Quelles sont les effets en cascade ? Savez-vous combien la végétation basse protège les sols de la déshydratation et donc toute la vie des écosystèmes ? Savez-vous qui dans nos organisations œuvrent dans l’ombre pour que les autres puissent (sur)vivre ? Prenons-nous bien soin de ce qui nous protège ?
Mais POURQUOI n’est-ce pas déjà en cours ?
Les 8 grandes familles de leviers vers Un Monde Vivifiant apportent des pistes pour lever les obstacles, devenir capables de lancer ce vaste chantier nécessaire. Vampirocène également.
Il y aurait encore tellement de choses à dire … Notamment sur la formation donnée par Laetitia de Schoutheete pour les animateur.ices d’EcoSens
Si je continue, cette newsletter ne partira jamais 😀
A suivre …
1 En référence à une prise d’otage à Stockholm en 1973 où les otages ont sympathisé avec leurs ravisseurs.